Le roi lear de Shakespeare
26 February 2008
Aux Amandiers, il manque la majesté de l’immense salle à ciel ouvert d’Avignon. Ici on gagne en intimité avec toute fois une scène très grande tout à fait nécessaire pour la mise en scène originale de Sivadier. Un grand plateau incliné recouvert au début d’un grand voile de tissu rouge qui, me semble-t-il, flottait à Avignon (cela devait être un effet non voulu du vent) comme dans l’installation « Casino » de Annette Messager à Venise. L’unité du plateau va peu à peu se disloquer au fur et à mesure que la folie gagne le roi.
Sivadier écrit à propos de cette pièce que c’est tout le théâtre à partir de rien.
Lacan dit : « Tout art se caractérise par un certain mode d’organisation autour du vide » et Claudel dit : « N’est-ce rien que ce rien qui nous délivre de tout ».
Rien est la réponse de Cordélia à la demande de compliments amoureux formulée par son père le roi Lear. Contrairement à ses deux sœurs (Gonéril et Régane), elle ne sait pas jouer la comédie des baisers et des compliments. Elle aime son père sincèrement et n’est pas capable de théâtralisé son amour. Ce rien qu’elle oppose à la demande de son père est donc crise de la représentation et construction d’un théâtre à partir d’un rien.
Si elle lui dit l’aimer et le vénérer, elle dit partager cet amour avec celui de son futur époux. (« je ne me marierai pas comme mes sœurs, pour n’aimer que mon père »). Et pourtant c’est elle qui va mourir pour son père alors que ses deux sœurs mourrons pour leur amant commun, Edmond.
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